L'œuvre de Gurū Gobind Singh

L'œuvre poétique et lyrique de Gurū Gobind Singh, compilée sous le titre de Sirī Dasam Granth Sāhib (ou Dasam Granth, « Livre du Dixième Gurū ») est riche et d'une grande variété. Elle est tour à tour mythologique, philosophique et spirituelle, et biographique, voire autobiographique. Elle comprend notamment:
- le Jaap Sahib, considéré comme l'œuvre fondatrice de Gurū Gobind Singh, est placé en tête du Dasam Granth.
- Akal Ustat ou « Ode à l'Eternel »;
- Bachitar Natak (« le Drame Merveilleux »), poème autobiographique;
- des prières en quatrains comme Tva Prasaad Svaye, et Chaupai;
- des recueils d'hymnes dévotionnels, comme le Shabad Hazare;
- l'éloges des déesses Durga et Chandi, ou encore l'évocation des incarnations de Shiva;
- une ode aux armes, le Shastar Nam Mala;

Si le Jaap, ainsi que les Svaye, les Chaupai, le Shabad Hazare et quelques autres textes sont récités régulièrement, sinon quotidiennement, la majeure partie de l'œuvre de Gurū Gobind Singh reste largement ignorée ou incomprise par de nombreux Sikhs. Sa dimension mythologique, le recours fréquent au sanscrit ou aux styles littéraires propres aux épopées hindoues, et l'évocation – voire l'invocation ! – de déesses et de dieux du panthéon hindou, sont autant de défis pour une communauté qui n'a eu de cesse d'affirmer son indépendance religieuse, culturelle et politique, de l'hindouisme.

Ces textes sont néanmoins inséparables de la tradition martiale des Sikhs, celle des nihang (les moines-chevaliers), du shastar vidiya (la « science des armes », arts martiaux traditionnels), et des hauts faits d'armes des guerriers du Gurū. Les officiers britanniques qui ont commandé les régiments sikhs de l'armée des Indes pendant plus d'un siècle (guerres coloniales britanniques, mais aussi guerres mondiales dans l'est de la France et en Belgique, puis en Birmanie et dans le Pacifique) ont souvent témoigné du courage extraordinaire que donnent les hymnes du Gurū Gobind Singh aux soldats qui les chantent.